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discours du directeur pour les dix ans du collège

Discours de M. le directeur, le 6 octobre 2026, pour la fête des Dix ans de Saint-Fort.

Nous sommes nombreux à être rassemblés aujourd’hui et il m’appartient, en prenant la parole, de tenter de dire ce qui nous réunit. L’exercice est à la fois simple et difficile : simple, parce que nous savons tous, au fond, pourquoi nous sommes ici ; difficile, parce qu’il me faut trouver les mots justes pour donner les vraies raisons de l’existence de notre œuvre scolaire. Je tenterai donc une définition de ce qu’est le collège Saint-Fort.

Tout d’abord une institution « indépendante ». On dit aussi, de manière lyrique, «libre », ou d’une manière plus juridique, reprenant les termes légaux en vigueur, « hors-contrat ». Ces termes peuvent être trompeurs, sujets à caution, voire polémiques. Le terme « hors-contrat », en particulier, donne l’impression d’être hors système, à une place marginale, ou en périphérie. A point tel qu’il semble, étrangement, nécessaire de rappeler que nous ne faisons ici rien d’illégal, rien que la constitution républicaine interdise ; de surcroît, nous ne faisons ici, rien d’extraordinaire. Fonder une école, localement, par l’initiative d’un petit groupe de personnes, c’est ce qui s’est toujours fait. Il s’est de tous temps trouvé des personnes, un bourgmestre, un prêtre, un riche propriétaire désireux d’aider sa cité d’origine1, pour créer une école, afin de répondre aux besoins identifiés par une communauté locale. Ce que nous faisons ici, ce qui a été fait il y a 10 ans, correspond à quelque chose de naturel. Il m’a semblé important de rappeler ce fait tant nous sommes habitués à considérer que structurer l’éducation de manière massive, uniforme, et centralisée était la norme. Or, c’est le contraire, c’est faire de l’instruction des jeunes cette administration démesurée qui est hors-norme ; nous y sommes habitués, mais dans l’histoire, rappelons-le, cela fait à peine un siècle, un siècle et demi que nous sommes dans cette situation en France. Ce que nous faisons correspond beaucoup mieux à la loi naturelle ; l’école doit être pensée au plus près de ce qui la font, de ceux qui y enseignent, des familles qui la portent. Familles que je tiens à remercier ici pour leur confiance d’une part, et leur engagement bonae voluntatis inlassable, engagement qui a notamment permis que cette célébration ait lieu. Quant aux accusations, proférées récemment par certaines « autorités », selon lesquelles les écoles hors-contrat seraient des écoles de la sécession, voire des écoles qui se placeraient volontairement en dehors de la République, nous ne pouvons que mesurer l’injustice de telles affirmations, car chaque jour, chaque semaine et chaque année scolaire, nous ne faisons pas autre chose ici que de former des jeunes femmes, des jeunes gens, structurés, armés de repères, conscients de leur héritage, conscients également des enjeux du monde contemporain, prêts à s’engager au cœur de la société, dans leur ville, dans leur Nation, ou dans le monde.

Je voudrais dire ici également, au risque de l’évidence, que Saint-Fort est une institution catholique. Une communauté chrétienne, tout bonnement : un lieu où se dit, où se vit l’Evangile. Saint Fort, premier évêque de Bordeaux est ici quotidiennement invoqué, tous les matins : c’est que la figure du premier évêque de Bordeaux doit nous inspirer, comme nous inspirent ces premières communautés chrétiennes, dont la seule ambition était d’adorer un seul Dieu et vivre ensemble dans la Charité, et créaient, dans cet univers antique à la fois grandiose et sanguinaire, des îlots de de décence, d’humilité et de paix. C’est notre responsabilité ici d’être dignes de ce patronage. Pour cela je tiens à saluer l’effort héroïque de nos prêtres, de cette belle fraternité de prêtres qui a choisi le beau nom de Saint Pierre pour dire l’indéfectible fidélité à Rome, c’est-à-dire, à l’émouvante constance de la succession apostolique qui nous dit où est l’Eglise, et où est transmise authentiquement la Foi. Car finalement, c’est bien ce que nous faisons ici… transmettre ce que nous avons reçu, humblement, sans chercher à le transformer. Je tiens donc à saluer leur présence, leur conseil, et leur patience, pour toujours écouter, conseiller, et prêcher, et être là pour apporter Dieu sur les autels ; refaisant chaque jour inlassablement les mêmes gestes, chuchotant les mêmes syllabes latines, pour le Salut des âmes et la Salut du monde. Pour cela je leur dis merci. Je dis merci aussi aux professeurs engagés ici, qui eux aussi, et pour certains depuis la fondation, transmettent, se font passeurs. Passeurs de choses bien précieuses, puisque ce sont les savoirs, les sciences, les arts, la Culture enfin, mais aussi autre chose, car à travers leurs gestes, leurs attitudes, leurs bons conseils, leur fermeté aussi parfois, enseignent ce que c’est qu’être homme, ce que c’est qu’être femme. Travail de longue haleine, pénélopéen, qui consiste à tisser un ouvrage, puis à détisser, puis à retisser l’ouvrage. Ayons ce témoignage de gratitude pour les trésors de patience que cela suppose, et associons lui les remerciements bien légitimes que l’on doit à la figure, centrale à Saint-Fort, de l’éducateur, qui a été tantôt nommé ici « préfet des études », tantôt « responsable de vie scolaire » et qui, par son exemple, sa vigilance a fait, et fait encore vivre, l’esprit salésien, l’esprit de la pédagogie préventive de Don Bosco, proche des enfants, à leur écoute, et toujours prêt à ramener au bercail, paternellement, la brebis qui s’éloigne un peu.

Je parlais, en parlant des premières communautés chrétiennes, d’îlots de décence, d’humilité et de paix. C’est je crois, ce que veut porter notre Saint Père, Léon XIV, dont le récent passage en France a marqué les esprits et les coeurs, qui sait allier en sa personne la simplicité humble, l’exactitude du discours, et l’ardent désir de paix. Soyons, à Saint-Fort, mais aussi dans nos familles, et sur nos lieux de travail, à cette heure où tout paraît inversion, démesure ou violence, ces îlots de décence, d’humilité et de paix. C’est ce que nous aurons de mieux à apporter au monde, et c’est en cela que nous serons fidèles à notre vocation missionnaire, tel que notre Seigneur lui-même nous l’a ordonné2.

1cf. par exemple la lettre 13 du livre IV des Lettres de Pline le Jeune.

2Mt 28, 19

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